• Se connaître soi-même, C’est la porte de l’humanité et C’est grand !

    Bonjour,

    Il est rare d'entendre parler de la sagesse africaine. Ayant des racines au Mali, j'ai eu grand plaisir à lire le texte qui suit, d'un griot, ce genre d'homme qui allait de village en village, donner les nouvelles, apaiser les esprits, transmettre des histoires... 

    1 – Dans le monde humain, le temps est trois,
    Le temps de dire,
    Le temps de faire,
    Le temps de voir.
    Ainsi, quand vient le jour où ta parole est à dire,
    Annonce !
    Quand vient le jour où l’affaire doit être faite,
    Agis !
    Et quand vient le jour d’examiner tout ça,
    Alors fais les comptes !
    Le monde humain, ce sont ces trois temps là.

    2 – Depuis que le monde fut établi par Dieu,
    Trois valent mieux que trois.
    Quels trois ? 
    Dieu a établi la beauté, puis le charme qui vaut mieux qu’elle,
    Car bien des gens sont beaux, mais sans séduire.
    Il a établi le courage, puis la gloire qui vaut mieux que le courage,
    Car bien des gens sont courageux, mais sans renom.
    Il a établi la richesse, puis la largesse qui vaut mieux qu’elle,
    Car bien des gens possèdent la fortune, mais sans être généreux.

    3 – Trois et trois ne s’accordent pas.
    Depuis que le monde fut établi par Dieu,
    Le solliciteur et le méchant ne s’accordent pas,
    Le croyant et le païen ne s’accordent pas,
    Les deux femmes d’un seul homme, elles non plus ne s’accordent pas.
    Donne ta seconde épouse à la première pour qu’elle la vende au marché,
    Même si elle ne trouve pas d’acheteur, au moment de rentrer, elle l’aura laissée à crédit.

    4 – Trois l’emporte sur trois.
    Depuis que ce monde fut établi par Dieu, les puissants l’emportent sur les pauvres,
    Les riches l’emportent sur les puissants,
    et les enfants qui appellent la bénédiction l’emportent sur les enfants maudits.
    C’est ainsi qu’on dit jusqu’à présent :
    Trois l’emporte sur trois,
    Trois valent mieux que trois,
    Trois et trois ne s’accordent pas.

    5 – Si tu marches en rêvant, que ton pied heurte une pierre, qu’il s’y blesse, tu peux dire : ça s’est fait par hasard.
    Mais dans ce monde humain, il est quatre par hasard qui ne disent jamais la vérité.
    Quels quatre ?
    L’humain ne repousse pas l’humain par hasard.
    L’humain ne s’attache pas à l’humain par hasard.
    Quand il s’est attaché, l’humain ne rompt pas par hasard.
    Et le vieillard qui lave son pantalon dans la nuit, lui non plus ne fait pas ça par hasard.
    C’est ainsi qu’on parle, dans les causeries nocturnes, des quatre par hasard.

    6 – Si quelqu’un t’offre un présent, que ce soit en public,
    Que le présent passe de main en main,
    Que chacun le touche,
    Que chacun le voie,
    Que tous bénissent ton bienfaiteur.
    Pourquoi ?
    Parce que ta richesse est quatre.
    La maison que ton père t’a laissé est à toi.
Les gens connaissaient ton père et ils savent.
    Le grain que tu as moissonné par ton travail est à toi.
    Les gens t’ont vu au champ et ils savent.
    L’argent que tu as gagné par ton commerce est à toi.
Les gens savent parce que tous vont au marché et t’y voient.
    Le présent aussi, le présent qu’on t’a fait est passé de main en main, et nous savons.
    Mais si tu détiens une richesse dont nul ne sait rien,
    Le soupçon s’installera dans les âmes, la jalousie entrera dans les cœurs, et la concorde en sera troublée.
    Or le pays repose sur la concorde.

    7 – Si tu trébuches, si tu tombes, souhaite qu’il y ait quelqu’un pour rire de ta chute.
    Si personne ne rit de ta chute, c’est qu’elle est grave.
    Une chute grave, c’est quoi ?
    C’est une chute dont on ne peut se relever.

    8 – Nous venons au monde entre des mains humaines
    Nous nous en allons entre des mains humaines
    L’humain ne se fait pas humain sans compagnie humaine.
    L’humain ne se fait pas humain à son insu.
    C’est pour cela qu’on dit :
    L’ultime remède de l’être humain,
    C’est son prochain.

    9 – Rien ne se fait de rien
    Rien ne se fait sans cause.
    Si rien ne s’était fait,
    Rien ne se ferait.
    C’est dit, donc ça sera
    C’est fait, ça se dira.

    Car le monde est ainsi fait.

    10 – Si tu as entendu : noir,
    Comprends : ténèbre
    Si tu as entendu : ténèbre,
    Comprends : mystère.
    Le lieu d’où tout vient,
    Le lieu où tout va,
    Mystère !
    Car le monde est ténèbre,
    Ténèbre inconnaissable,
    Le monde est mystère,
    Mystère impénétrable.

    11 – La vie est de partir
    Jusqu’à ce qui n’a pas à partir,
    Le sans limite
    L’incréé

    12 – Après qu’il eut achevé son œuvre,
    Le Dieu créateur dit au monde : maintenant, enfante  pour toi-même !
    Le monde enfanta par dix fois :
    Cinq couples de jumeaux.
    Il établit ainsi le mariage et la confiance,
    Il établit l’entente fraternelle et  la compassion,
    Il établit l’amitié et le secret des confidences,
    Il établit la connaissance et la foi,
    Il établit  le règne et la droiture.
    Depuis, le monde existe avec ces dix-là dans sa main.

    13 – La mort n’épargne personne,
    Même si tu vis dans les délices.
    La mort n’épargne personne :
    Ce savoir est un grand savoir

    Mon maître, je ne crains pas la mort,
    La mort ne peut rien contre la renommée.
    Père, ce que je crains,
    C’est la trahison,
    Car le traître n’est le parent de personne.

    14 – Connaître les dangers de l’eau
    Vaut mieux que connaître l’usage du cheval
    Et se connaître soi-même
    Vaut mieux que tout.

    Se connaître soi-même,
    C’est la porte de l’humanité et c’est grand !

    15 – O grand arbre !
    O grand arbre !
    Le grand arbre tombe
    En retrouver un bon n’est pas facile.
    Les grands hommes sont des grands arbres
    Le grand arbre tombe
    En retrouver un bon n’est pas facile.

    Source : https://jlsagotduvauroux.wordpress.com/2015/08/04/sagesses-du-mali/

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